Carnet d'études

Comme son nom l'indique, Carnet d'études se veut le reflet de ma recherche créative tant en sculpture qu'en dessin. Il abritera surement aussi des poèmes, chansons, pensées du moment et bien sur, mes coup de cœur pour le travail d'autres artistes.

16 décembre 2006

Thierry Crouzet a l'art de me faire réfléchir, parfois "à l'insu de son plein gré", tout simplement en abordant des sujets qui en font résonner d'autres plus ou moins reliés, directement ou indirectement.

C'est le cas, par exemple avec la couverture de son prochain livre. Une couverture de livre, bah, c'est anodin, pourrait-on se dire. Oui, mais non. Une couverture, c'est le packaging du livre, c'est ce qui le fera vendre ou pas, au même titre qu'un emballage fera vendre plus une bouteille de lait que celle d'à coté.
Sur le net, ce qui fait la visibilité, c'est l'interconnection et ce qui fait l'interconnection, c'est la pertinence du contenu. Dans le monde physique*, ce qui fait la visibilité, c'est l'emballage, quelque soit la valeur du contenu.

Le truc qui m'a interloquée, au dela de la qualité graphique moyenne des couvertures sur lesquelles il demande à ses lecteurs de donner leur avis, c'est la façon dont il les a mises en page dans son billet.
Je m'explique.
Les diverses couvertures proposées ont un fond blanc, de même que le blog sur lequel elles sont présentées. La conséquence directe, c'est qu'on perd le sens des limites de l'image et qu'on ne peut donc pas en apprécier la composition. Certe, ça complique la tache pour ce qui est de se faire une idée claire afin de livrer une critique fondée et constructive. Pour ma part, je ne m'en suis rendue compte qu'en extrayant une des images de la page, ce qui m'a permis de voir que je m'en étais fait une idée fausse, croyant la composition plus aérée et dynamique qu'elle ne l'est en réalité. Mais surtout, tant la mise en page que l'absence de commentaires pointant ce léger défaut sont révélateurs de notre manque de sensibilisation et de lucidité vis à vis des images, de leur impact et de son importance.

On vit dans une société submergée d'images qui ont par nature un impact bien plus rapide et profond que des argumentaires construits. Cet impact est dû principalement à une raison simple : une image est ressentie comme l'évidence incontestable là où l'argumentaire appel le contre-argument, le dialogue, la remise en question. Tant qu'on ne concevra pas l'image ou l'emballage comme une forme d'argumentaire particulièrement subtile, on n'aura pas l'idée d'aller en décortiquer la logique et de lui opposer notre réflexion. Combien d'entre nous accepteraient un discours quelqu'il soit sans y réfléchir, ne serait-ce qu'un minimum? C'est pourtant ce qu'on fait avec les images (c'est d'ailleurs un des fondements du marketings et de la façon dont sont organisés les rayons des hypermarchés).

A mon avis, une des choses importantes à faire pour quiconque tient à son autonomie et à sa liberté de penser, c'est de se demander, face à une image et au delà du sujet affiché, quel message on souhaite nous faire intégrer, ce que nous disent la composition, les couleurs, les choix marketing. Comment le regard est-il guidé? Vers quoi? Questionner le non-dit, le sous-entendu.

couv3Pour en revenir aux couvertures proposées par Thierry, voici celle qui me semble la plus satisfaisante parmis les quatre proposées.
Comme on le voit, le titre est quasiment plein centre, ce qui donne une impression monolithique et statique, là où le 5eme pouvoir est quelque chose qui émerge, qui est multiple, mobile et extremement réactif. Si on veut refléter celà, il faut une composition qui ne capture pas le regard au centre de la page mais qui lui permette d'y circuler. Il faudrait donc mettre le titre au tiers supérieur de la page avec un petit contrepoids dans le coin inférieur droit. On aurait ainsi deux lignes de force ("Essai" et le sous-titre sur la première diagonale, le logo de l'éditeur et le titre sur la deuxième) allant de bas en haut.

Un designer de métier aurait surement bien plus à dire et à proposer, mais bon, on fait ce qu'on peut.


*je n'aime pas l'expression "vraie vie" : qu'on parle ou agisse dans la rue ou sur le net, on est toujours aussi vivant et l'action ou la parole sont toujours aussi réelle. Simplement, dans un cas, c'est physique et dans l'autre, c'est éléctronique.

Posté par Sylene à 11:49 - idées, avis et opinions - Commentaires [0] - Permalien [#]

Commentaires

Poster un commentaire