Carnet d'études

Comme son nom l'indique, Carnet d'études se veut le reflet de ma recherche créative tant en sculpture qu'en dessin. Il abritera surement aussi des poèmes, chansons, pensées du moment et bien sur, mes coup de cœur pour le travail d'autres artistes.

10 septembre 2006

L'usine

Deux mois à travailler en usine, à la chaîne... L'horreur.
S'il est une chose que cette expérience ne m'a PAS apporté, c'est de nouvelles compétences à mettre sur mon CV. Par contre, entre l'impossibilité de faire quoi que ce soit de constructif et le vacarme ambiant qui empèche toute communication avec les gens, ça m'a donné l'occasion de pas mal réfléchir sur - entre autre - la place de l'usine dans notre société.

Déjà, première constatation. Qu'est ce qui dans notre environnement quotidien n'est pas produit en usine? Les produits frais qu'on achète au producteur, les objets de fabrication artisanale, l'immobilier. C'est à peu près tout. En gros, tout notre mode de vie actuel repose sur la production en usine. Constatation affligeante s'il en est.

Deuxième constatation. Dans une usine, les gens sont des employés, c'est à dire des gens dont l'entreprise se sert et non pas des ouvriers, c'est à dire des gens qui oeuvrent. Chacun est affecté à une tache répétitive et une seule pendant 7 heures par jour avec seulement une demi heure de pause pour manger quelque chose sur le pouce. Pas la moindre stimulation, impossible de se régénèrer en variant les activités ou au moins le décor qu'on a sous les yeux, interdiction de prendre des initiatives, même pour aider un collègue qui peine ou qui a pris du retard. Tout est fait pour nier l'aspect vivant et créatifs des gens et le pire, c'est que ça marche! J'ai vu des gens qui y travaillaient depuis 30 ans sans remettre le système en question alors que ça avait été leur première impulsion!

Troisième constatation. L'usine ségmente l'individu en le focalisant sur un seul aspect de la fabrication du produit. Untel va se servir uniquement de ses doigts pour un même geste répèté ad nauseum, un autre va solliciter uniquement ses épaules, un troisième, son dos, etc. Aucun ne participe à l'ensemble du processus de fabrication. De là, un sentiment de tache inutile, sans fin, sans but. De là aussi, des douleurs, déséquilibres musculaires et autres problèmes de santé au bout d'un certain temps. L'usine transforme des hommes et femmes libres en tristes esclaves des machines.

Quatrième constatation. Les taches étant minimalistes, il suffit à un individu d'un quart d'heure pour apprendre à les effectuer. Passé ce temps d'apprentissage, les capacités cognitives de la personne sont abandonnées à la friche.

Cinquième constatation. Les employés d'usine sont répartis en équipes dont les horaires de travail alternent d'une semaine sur l'autre. La raison de cette organisation est de permettre à chacun de disposer de matinées et d'après-midi, ce qui à première vue est une bonne chose. Cependant, quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que changer de rythme de vie d'une semaine sur l'autre ne permet pas au corps de s'adapter et fait accumuler une énorme quantité de fatigue. De plus, impossible de s'engager dans des activités extérieurs régulières (entre autre l'éducation de ses enfants) sans en manquer la moitié. L'absence de stabilité pour un individu se répercute sur tout ce qui l'entoure.


Conclusions. De ce que j'en ai vu, l'usine telle que conçue actuellement est néfaste. A cela, deux solutions : modifier les fondements de notre société de façon à ne plus avoir besoin de produits fabriqués à la chaîne ou revoir en profondeur le fonctionnement de l'usine.

Un pas vers la première solution consiste à refuser de soutenir ce mode de production en n'achetant pas ses produits et en n'y travaillant pas. Resterait à trouver des modes de production alternatifs pour les véhicules (y compris les vélos et transports en commun qui bien que moins polluants que les voitures et motos restent produits à la chaîne), vêtements, ordinateurs, mobilier, blanc brun et j'en oublie.

Quelques pistes pour la deuxième solution : divers politiciens ont proposés d'instituer 6 mois de travail au service de la société pour les 18-25 ans. Je trouve l'idée telle que proposée inacceptable, par contre, on pourrait demander à tout citoyen de travailler une semaine par an dans l'usine la plus proche de chez lui pour une rémunération horaire identique à celle qu'il percevrait là où il exerce habituellement son métier ou au smic s'il est actuellement sans travail. Resterait à inciter les employés d'usine actuels à entreprendre une formation afin d'aquérir un métier et des compétences diversifiées.
Une autre idée consisterait à prendre à bras le corps les divers problèmes piontés dans cet article. Pour les horaires, les rendre fixe et recruter les gens en fonction des plages horaire qui leur conviennent et des besoins de l'entreprise, éventuellement en rémunérant plus les horaires les moins populaires (si les heures de nuit comptent double, les heures d'après-midi/soir devraient compter une fois et demi). Pour la répartition des gens dans l'usine, donner à chaque équipe la responsabilité du bon fonctionnement de celle-ci avec des objectifs à atteindre mais sans chef désigné, la responsabilité s'étendant aussi bien à la production qu'à l'aspect administratif ou commercial de l'entreprise. Ainsi, chaque équipe s'organiserait à sa façon en fonction des capacités, besoins et désirs de chacun. Afin de motiver les gens, le plus efficace serait que chacun soit associé dans l'entreprise, ainsi, tous se sentent personnellement responsable du bon fonctionnement de celle-ci et de ses résultats.

Tout celà paraîtra peut être utopique ou irréaliste, mais de plus en plus de sociétés commencent à fonctionner sur ce dernier shéma avec de très bons résultats aussi bien au niveau comptable qu'humain.

Posté par Sylene à 13:33 - idées, avis et opinions - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

    usée ?

    cet article amène à de nombreuses réflexions : la valeur du travail, l'importance à accorder à celui-ci dans la vie... Je suis entièrement d'accord avec toi sur de nombreux points. la pénibilité, la désocialisation, voire l'abrutissement que peuvent ameler le fait de rester devant une machine bruyante de longues heures chaque jour durant de nombreuses années,toujours à répéter le même geste. Mais pourquoi retires tu la qualité d'ouvriers aux gens qui travaillent là-dedans ? Parce que les employés, tu les retrouves dans les bureaux et pas forcément derrière une machine.ayant discuté avec certains d'entre eux, j'en ai entendu qui s'étaient attachés à leur travail, à leur machine qui arrivaient à personnaliser, même à connaître « intimement ». l'apprentissage est différent certes, mais il y en a un quand même.il y a donc spécialisation et le fait d'aller travailler en alternance à l'usine puis avec son « vrai » travail non seulement decrédibilise ces ouvriers qui oeuvrent à plein temps dans les usines, mais en plus empêche la spécialisation et dans son travail et dans l'industrie. Le vrai problème serait plutôt au niveau de la revalorisation du statut de la classe ouvrière. De nombreux livres en traitent, si tu ne l'as pas lu, essaie par exemple : « les vivants et les morts » de Gérard Mordillat, c'est un roman assez récent à ce sujet.
    les choses sont si complexes... Bon repos à toi si tu peux te le permettre

    Posté par D., 12 septembre 2006 à 11:25
  • Mouais...

    Totalement d'accord avec le commentaire précédent.

    Et du coup total respect à ces gens qui taffent de cette façon parce que même si certains s'y "attachent", c'est souvent un choix par défaut parce qu'ils ne pouvaient pas faire autrement et faire ressembler leur travail, c'est à dire pour certains toute leur vie à un passe temps payer que d'autres pourraient essayer une fois par an ça n'aidera personne.

    Sinon j'aime bien ta façon de philosopher, de te poser des questions et d'essayer d'y répondre parce que de nos jours il n'y à plus grand monde qui le fait (ou peut être est ce plus vieux que ce que je crois comme phénomène) enfin sans vouloir me faire de la pub ça sera le thème d'une chanson que j'enregistrerais bientôt.

    Bonne continuation et merci pour ton implication dans la communauté BnFlower tu aides de cette façon des artistes d'un autre genre que toi avec d'autres buts souvent mais des artistes quand même et c'est ça qui fait avancer les choses, ne pas se limiter à son art de prédilection.

    Posté par BASSone, 06 octobre 2006 à 20:37
  • L'idée que j'avançais à propos d'aller chacun travailler en usine une semaine par an n'étais pas dans une optique de loisir mais de service et pour que chacun se rende compte de l'envers du décor, qu'on voit tous quel est le prix de notre mode de vie basée sur la production industrielle et qu'on participe à payer ce prix. L'idée était aussi à terme de permettre aux employés d'usine actuels de se reconvertir dans des métiers qui les respecte, qui prennent en compte leur dignité humaine au lieu de les ravaler au rang d'extension d'une machine.

    Quant au "choix par défaut", ça correspond largement à ce que j'ai constaté dans l'usine où j'ai travaillé. Par exemple, une des employée y travaille depuis 30 ans, elle n'a pas de qualification autre que sa connaissance des deux machines sur lesquelles elle intervient, elle n'imaginerait pas de refaire sa vie professionnelle ailleurs, même si elle trouve que c'est un boulot de dingue. Une autre lit et compte difficilement et louer ses bras en interim dans des usines est sa seule façon de payer ses factures, une troisième y était rentrée en pensant "pour deux ou trois ans, pas plus, le temps de payer les prêts", c'était il y a quinze ans...

    De ce que j'ai entendu ici ou là, c'est une usine où il fait relativement bon travailler, si on excepte l'absence de chauffage en hivers, de climatisation en été (dans la partie de la fabrique où sont stérilisée les conserves, il y a de quoi tourner de l'oeil) les sautes d'humeur du patron qui n'hésite pas à virer un intérimaire sans avertissement au bout d'un ans ou plus dans l'entreprise (au moins la moitier du personnel est interimaire). Franchement, quand je vois ça, je me dis qu'on ne peut pas accepter que des gens travaillent dans de tels conditions et qu'il est temps d'apporter des solutions, si minimes soient-elles.

    @BASSone : fais moi signe quand ta chanson sera en ligne, que j'y jete une oreille.
    Et pour ce qui est de BnFlower, ça me semble normalement de m'impliquer vu que je me sens en phase avec la démarche et que j'ai la possibilité de participer.

    Posté par Nathalie, 08 octobre 2006 à 15:18

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