Carnet d'études

Comme son nom l'indique, Carnet d'études se veut le reflet de ma recherche créative tant en sculpture qu'en dessin. Il abritera surement aussi des poèmes, chansons, pensées du moment et bien sur, mes coup de cœur pour le travail d'autres artistes.

27 août 2006

Pour répondre à D.

Est-il plus facile de donner vie à des mots ou à de la terre?
Difficile à dire, c'est si semblable et différent à la fois.
Un mot ou une courbe en appel d'autres pour lui répondre, chanter ensemble, se lancer dans des jeux d'harmonies, d'échos, de reflets... Jusqu'à ce que la boucle soit bouclée, que l'ensemble forme un tout.
J'ai probablement plus de mal avec les mots, mais c'est juste une question d'émotivité.
L'argile est neutre, elle ne
dit rien de sa propre voix et pourtant, sa douceur, sa souplesse, sa fraîcheur conduisent la main et guident l’œil. Elle est la mélodie, le poème à naître, je suis l'instrument de cette naissance. Je reste en quelque sorte extérieur, même si les courbes me touchent et que c'est un peu de moi qui naît avec chacune d'elles, mais c'est toujours après coup que je m'en aperçois.
Les mots, eux, sont porteurs de sens, Je sais dès le début qu'ils raconteront quelque chose. Comment y mêler ma voix sans les dénaturer? Si je me sens concernée par ce que je raconte, je suis comme frappée de mutisme. Mes phrases deviennent laconiques et lapidaires, denses aussi, comme la boule qui me noue le ventre. Pourtant, il m'est arrivé d'écrire, de composer, mais comme avec l'argile, il faut pour ça que je reste sereine, observatrice de ce qui se fait au travers moi.
Tout ça me rappel d'ailleurs que j'avais prévu de mettre mes poèmes et compositions ici et que ce n'est toujours pas fait. Un jour sûrement
...

Quant à ce que je fais de mes oeuvres une fois terminées, et bien, elles restent dans un carton jusqu'à ce qu'elles deviennent à leur tour source d'autre chose. Sujets d'étude, de découverte, de création...
C'est l'oiseau qui m'a soufflé la technique de polissage et assis qui m'a amené à dessiner ce qu'il m'évoquait à la façon de nuages dans lesquels se forment et se déforment des créatures et saynètes. Tout est source. Comment disais Nerval, déjà? Ha oui!

Vers dorés

Homme! libre penseur - te croîs-tu seul pensant
Dans ce monde, où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant...
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
Tout est sensible; - Et tout sur ton être est puissant!

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie :
A la matière même un verbe est attaché...
Ne la fait pas servir à quelque usage impie.

Souvent dans l'être obscure habite un Dieu caché;
Et, comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorces des pierres.


Et bien,  je me sens souvent à mi-chemin de celui qui interpelle et de celui qui est interpellé dans ce poème, tant face à ce qui m'entoure que face à ce que j'ai créé. Un jour, peut être que je ressentirais mes réalisations comme suffisamment abouties, le fruit comme parvenu à maturité et que l'exposition s'imposera à moi comme la prochaine étape naturelle de mes explorations. Peut être au contraires ces dernières prendront-elles un tout autre chemin? On verra bien.

Posté par Sylene à 12:43 - Voyage intérieur - Commentaires [1] - Permalien [#]

Commentaires

    Un son sculptural

    Que répondre à quelque chose de si juste ?
    Compléter l'idéal. Gérard de Nerval ?
    C’est donc de la sensibilité que naîtrait l'objet ?
    De par lui-même et non de ta propre volonté ?
    Et si j’osais?
    Dis-moi. J'ai, enfin nous savons une proposition à te faire :
    Vu que nos airs semblent te plaire, crois-tu que tu arriverais à les modeler ?
    J’ai montré tes commentaires (et tes créations) à d'autres personnes du groupe qui ont aussi adhéré. De notre discussion s'en est suivie cette idée : penses-tu que tu pourrais sculpter Ambre ?
    Prétentieux ? Décalé ? À toi de nous le dire, en sachant que de toute façon tu as totale liberté de temps, d'interprétation, mais que nous sommes là si tu as besoin des guides ou de soutien.
    De même, si un autre de nom morceaux te paraît plus intéressant, ou si ce projet te semble irréalisable ou autre, n'hésite pas à nous en parler non plus.
    D'ailleurs, afin de ne pas rompre l'homogénéité de ton blog, je pense qu'il serait mieux de communiquer par mail, mais là aussi c'est toi qui vois.
    Quant à nous, pourquoi ne pas faire un travail inverse : instrumentaliser la matière (même si c'est déjà un peu ce que tu fais...).
    Tout ça reste bien sûr à débattre et à argumenter.
    Maintenant, à toi de jouer !
    Ah oui, je voulais rajouter que tu n'as pas à t'en faire pour l'usage que tu fais des mots, il est beaucoup plus que convenable !

    Posté par D., 30 août 2006 à 10:31

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